Le Musée Jacquemart-André organise, du 14 octobre 2003 au 31 janvier 2004, une exposition exceptionnelle, consacrée à Nicolas de Largillierre (1656-1746). Il s’agit de la première exposition à Paris depuis 1928, dédiée à l’un des plus grands peintres français de la fin du XVIIe siècle et de la première moitié du XVIIIe siècle.
"La Belle Strasbourgeoise", huile sur toile, 138 x 106 cm, 1703, Musee des Beaux-Arts, Strasbourg.
Doué d’un génie unique, Largillierre fit le meilleur profit d’influences diverses et parfaitement complémentaires : formé à la manière flamande à Anvers, puis reçu à Londres, où il put se familiariser avec l’élégance des plus beaux portraits de la cour de Charles II, il s’installa finalement à Paris – où il était né – pour développer une manière éclectique dont il imprima toutes ses œuvres. A une époque où les peintres se spécialisaient, Largillierre en effet, s’il pratiquait plus volontiers le portrait, ne négligeait ni la nature morte ni la peinture d’histoire car, comme le remarqua Antoine-Joseph Dezallier d’Argenville à son propos, « le génie de cet homme rare s’étendait à tout ».
Ces dispositions extraordinaires lui permirent une rapide et irrésistible ascension au sein de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture, protégée par Louis XIV. Largillierre en devint membre, professeur, recteur et enfin directeur. Egalement bien reçu de la noblesse et de la bourgeoisie – les échevins de Paris lui commandèrent les plus beaux portraits de groupes de l’hôtel de ville – le peintre renouvela en profondeur le genre du portrait et, plus généralement, participa à la définition d’une nouvelle esthétique valorisant le rythme, l’harmonie de la couleur, dans une lumière enveloppante, et la richesse des matières : un vocabulaire plastique qui devait donner tout son lustre au style Régence.
A l’image de l’esprit raffiné de cette époque, la peinture de Largillierre est en parfaite adéquation avec l’identité du Musée Jacquemart-André et de ses collections réunies par les époux André, fondateurs du musée qui, parmi les portraits français qu’ils acquirent, n’ignorèrent pas le peintre.
[ Mis en ligne le 11 novembre 2003 par Eloïse Lièvre ]