Un compte rendu par Charles-Olivier Stiker-Metral, du dernier essai de Marc Escola, Lupus in fabula, vient de paraitre dans la revue Acta fabula, sur le site www. fabula.org, sous le titre "En lisant, en récrivant".
Extraits du compte rendu:
"En proposant dans cet ouvrage six études de textes qui se présentent comme autant de « façons d’affabuler La Fontaine », Marc Escola entend initier un mode de lecture original, qui s’applique ici aux Fables de La Fontaine, mais qui fonctionne aussi bien sur d’autres genres fictionnels. Il ne prétend pas expliquer ces six fables, ni les interpréter, mais, laissant ces soucis à d’autres, affabuler. Ce terme, qui signifie, comme le rappelle l’avant-propos, « agencer les différents épisodes d’une fiction » (p. 7), désigne autant l’activité du fabuliste lui-même que celle de son lecteur. Ce dernier se mue alors, de critique ou d’interprète, en affabulateur. Il lui incombe en effet la tâche de produire à son tour les fables possibles contenues en germe dans la fable réelle. Lector in fabula : le présent ouvrage réalise, sur un corpus de fabulae, le programme imaginé naguère par Umberto Eco et lui rend hommage par son titre. Publié dans une collection intitulée L’imaginaire du texte, cet essai s’évertue par conséquent d’imaginer les textes tels qu’ils pourraient être, donnant ainsi leurs lettres de noblesses à des textes imaginaires.
L’essai de Marc Escola entend donc valoriser un régime de lecture qui, se démarquant de toute ambition herméneutique, participe pleinement de la catégorie rhétorique de l’inventio.
[…] A l’heure où l’apologue fait son retour dans les salles de cours du fait de sa fonction argumentative, Marc Escola soulève peut-être, derrière les « dysfonctionnements » que sa lecture entend relever, quelques questions salutaires. Il est possible, après tout, que l’intérêt des Fables ne réside pas dans une apologie de l’argumentation – le fameux « pouvoir des fables » —, ni dans la transparence d’une leçon de morale à la sagesse relativiste. Si la leçon des Fables est d’abord une leçon de lecture, c’est parce qu’elles invitent à s’interroger non seulement sur les pièges que tout texte est capable de receler, mais également sur notre propre capacité à être un bon lecteur. Marc Escola le rappelle, dans la lignée des célèbres analyses de L. Marin : on meurt souvent dans les Fables « d’une erreur d’appréciation, soit : de la mauvaise interprétation d’une parole qui traduit toujours un rapport de forces » (p.
239). Autrement dit, dans l’univers des Fables, une erreur d’arbitrage entre les différents scénarios possible peut se révéler fatale aux protagonistes, et nombreux sont ceux qui, littéralement, se trompent de fable. La lecture est donc pour La Fontaine une mise à l’épreuve : mise à l’épreuve du jugement, mise à l’épreuve de soi. L’essai sur La Bruyère montrait pour sa part que la morale du moraliste résidait principalement dans le fait que le lecteur y était mis à l’épreuve des conditions mêmes de l’énonciation du jugement6. De façon similaire, les fables théâtralisent les vicissitudes de l’interprétation.
Lector in fabula : la formule d’Umberto Eco doit être prise ici à la lettre. De te fabula narratur."
Marc Escola, Lupus in fabula. Six façons d’affabuler La Fontaine, Presses Universitaires de Vincennes, coll. « L’Imaginaire du texte », 2003. 256 p.
Lien vers le comte rendu:
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