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La Scène bâtarde entre Lumières et romantisme

Actes des journées d'études organisées par l'Université Blaise-Pascal (Clermont-Ferrand), réunis par Philippe Bourdin et Gérard Loubinoux,
Service Université Culture, 2004, Presses Universitaires Blaise Pascal.

On sait l'énergie dépensée par la pensée classique pour établir, au nom de toutes sortes d'autorités, des catégories littéraires où ranger les choses, et en particulier les choses du théâtre, dans les genres, tout refus de ceux-ci vouant à la flétrissure. Ainsi, la période traitée dans le présent ouvrage, au sein de laquelle la Révolution occupe une place centrale, a-t-elle été longuement négligée pour ce qui est de l'histoire de la scène, précisément parce que la bâtardise y a éclaté dans une sorte de libération jubilatoire. La liberté d'expression théâtrale autorisée en 1791, quelles qu'en soient par ailleurs les limites, favorise la multiplication des salles et celle des expériences d'écriture, au gré des appétits du public et, pour les auteurs, des besoins du quotidien. Les façons sont multiples de mélanger les références, les styles, les accessoires : pour preuve les transfigurations révolutionnaires du diable, les jeux d'écriture auxquels se livrent les plus grands (Rétif de la Bretonne) comme les plus petits (Jean Fenouillot), héritages que ne renieront ni Castil Blaze ni les metteurs en scène des romans de Balzac. Autant d'ouvrages aux définitions canoniques des genres auxquelles se consacrent François Parfaict, Nougaret, Jean-François de la Harpe ou Le Vacher de Charnois, définitions détournées par l'opéra italien pour mieux échapper aux règles de l'Académie Royale de Musique. Le tout répond à l'irruption du public dans le cercle des critiques, au mélange des spectateurs dans une rencontre déjà bien avancée avant et accélérée pendant la décennie révolutionnaire : les éventails des maîtres de l'Académie de Saint-Luc ou des marchands d'estampes de la rue Saint-Jacques en rendent compte tout autant que la diffusion du théâtre de société, depuis les salons nobiliaires jusqu'aux campagnes de l'Artois, ou le développement des sociétés dramatiques, que la Révolution tournera selon son développement soit vers le théâtre patriotique soit vers l'activisme anti-jacobin. C'est dans ce contexte que la féerie et le ballet rompent avec les unités dramatiques pour fusionner le comique et le tragique et préfigurer le théâtre romantique, qui décidément n'attend pas pour naître 1830 et la bataille d'Hernani, se camouflant derrière la surcharge des épithètes afin de détourner les sommations napoléoniennes (et des mises aux normes tangibles jusque dans l'architecture des salles, voire des kiosques à musique). Offenbach n'en usera pas autrement des décennies plus tard. Le mélodrame inspirera pourtant sans exception tous les grands réformateurs du théâtre contemporain.

Sommaire

La scène bâtarde : un intitulé problématique ?, Gérard Loubinoux
Introduction, Philippe Bourdin
Éléments de réflexion sur la notions de bâtardise, Jean-Louis Jam

Adaptations et logiques internes
L'enfer burlesque dans le théâtre de la Révolution, Henri Rossi
Le Drame de la vie (1793) de Rétif de la Bretonne, théâtre en crise, théâtre pour la crise, Françoise Le Borgne
Adaptations et tensions du langage révolutionnaire dans Le Diné [sic] du grenadier à Brest et La table d'hôte à Provins de Jean Fenouillot, Laurent Giraud
Castil-Blaze : un Don Quichotte de la bâtardise chez les romantiques, Gérard Loubinoux
Balzac en vaudeville : manipulations et appropriations du roman par la scène parisienne (1830-1840), Olivier Bara

Les Mots pour le dire
Problème de la terminologie dramatique chez les frères Parfait, Herbert Schneider
Nicolas-Etienne Framery, théoricien de la parodie de l'opéra italien, Andrea Fabiano
L'opéra-comique selon Pierre-Jean-Baptiste Nougaret : des Riens en musique, Michèle Sajous
La scène bâtarde : assentiment ou dissentiment de Jean-François de la Harpe, Catherine Gas-Ghidina
Le Vacher de Charnois, du juge de la bâtardise théâtrale au juge de la bâtardise politique, Michel Biard
Offenbach l'inclassable : la question des genres, Jean-Claude Yon

Publics et contrôle social
L'éventail du succès : le théâtre mis en images à la veille et au début de la Révolution, Georgina Letourmy
Le théâtre, les amateurs, la Révolution, Philippe Bourdin
La Féerie sur les scènes secondaires du Directoire et du Consulat : Genèse d'un théâtre romantique ?, Roxane Martin
Les tréteaux de la corruption, Michèle Sajous D'Oria
Cadres et conditions matérielles de production des spectacles provinciaux pendant le Consulat et l'Empire, Cyril Triolaire
Des salles provinciales au début du XIXème siècle, Marie-Franc Cussinet
Le kiosque à musique : une autre scène, Marie-Claire Mussat
L'héritage du Bâtard ou la féconde lignée du mélodrame d'Antoine à Vilar, Jean-Marie Thomasseau

[ Mis en ligne le 21 avril 2005 par Eloïse Lièvre ]