Librairie Klincksieck - série Grand format n° 1
696 pages - isbn 2-252-03530-7
50 euros - prix de lancement 40 euros jusqu'au 31/12/2005
Dans le cadre de sa collection "Librairie Klincksieck" qui rassemble les réimpressions des classiques de son fonds (avec trois séries : linguistique, littérature et textes et 25 titres réimprimés), les éditions Klincksieck inaugurent une nouvelle série, Grand format, consacrée à la réimpression des grandes thèses littéraires.
Le premier volume, qui paraît au mois de juin, est le livre d'André Bertière paru en 1977 sur le Cardinal de Retz mémorialiste.
Au terme des recherches de toute une vie, André Bertière a renouvelé radicalement les études retziennes. Il a levé l'hypothèque que faisait peser sur elles la critique historicisante et appelé à lire les Mémoires, non comme un document sur la Fronde, mais comme une œuvre littéraire à part entière. Grâce à une enquête érudite rigoureuse sur la date et les circonstances de leur rédaction, il a pu établir en effet qu'ils furent écrits tardivement, à un rythme très rapide. Loin d'être, comme on l'a cru jusqu'alors, un texte longuement remâché, en vue de régler des comptes, ils sont nés d'un ardent effort pour tenter de comprendre et d'exorciser l'échec d'une vie. Erreurs et mensonges sont donc pour nous autant d'indices qui éclairent la mystérieuse alchimie opérée par le mémorialiste sur ses souvenirs.
Située au confluent de l'histoire, des mémoires et de l'autobiographie sur le point de naître, l'œuvre de Retz conduit à des réflexions plus générales sur ces trois genres, sur leur évolution, sur leur mode de fonctionnement. Entre eux, une différence de degré, plus que de nature. La présence du narrateur y est dissimulée, discrète ou affichée, mais il n'est de grands livres, dans les trois cas, que ceux où s'impose la personnalité de leur auteur.
La séduction des Mémoires de Retz tient, on le sait, à l'exceptionnelle qualité de l'écriture, qui frappe par sa souplesse et sa liberté. Menées en termes simples et clairs, des analyses nourries s'efforcent de dévoiler quelques-uns de ses secrets — forme personnelle, techniques narratives, utilisation des "ornements", langue et style. En l'absence de travaux linguistiques spécialisés, elles constituent à ce jour l'étude la plus fouillée.
Le présent ouvrage, qui a fait date lors de sa parution, reste un instrument irremplaçable pour aider à l'intelligence d'un texte difficile, mais — ô combien ! — stimulant.
André Bertière est mort en mettant le point final à sa thèse. Sa femme, Simone Bertière, a eu la chance de pouvoir la soutenir à titre posthume et de la publier. Elle a ensuite repris le flambeau, en procurant une édition critique des Mémoires (Garnier/Pochothèque, 1987/1998), et une Vie du cardinal de Retz (De Fallois, 1990). Elle est aussi l'auteur de nombreux articles parus dans diverses revues.
[ Mis en ligne le 5 mai 2005 par Anne Teulade ]