* Parutions | Critique
Florence Lotterie, Progrès et perfectibilité: un dilemme des Lumières françaises (1755-1814)

SVEC 2006:04
ISBN 0 7294 0876 0, ISSN 0435-2866, xxxii.203 pages, 240 × 156mm, £50/ 78e/$95
www.voltaire.ox.ac.uk

En 1755, Rousseau impose le néologisme ‘perfectibilité’ dans le champ du discours philosophique. Prérogative de l’homme, en tant qu’il est capable
de changement et de choix dans l’orientation de ce changement, ‘cette faculté distinctive et presque illimitée’, s’inscrit d’emblée dans le paradoxe d’un dévoiement du progrès possible: ne serait-elle pas aussi ‘la source de tous les malheurs de l’homme’? Même si les Lumières et leurs héritiers ont le plus souvent tâché d’atténuer, voire d’occulter la force de l’hypothèque rousseauiste, la figure de l’homme perfectible s’est toujours trouvée prise dans une hésitation fondamentale entre le désir d’exaltation d’une promesse historique de progrès et le sentiment souvent aigu de la fragilité de cette promesse.

La période révolutionnaire, si elle constitue un tournant capital, en ce qu’elle inscrit la perfectibilité dans le discours neuf de l’émancipation
juridique du sujet et en fait ainsi une mission pour le législateur, n’échappe pas au doute. De Rousseau au Groupe de Coppet, la fameuse
‘faculté de se perfectionner’ a en effet toujours été le point de fixation d’un dilemme théorique, sinon pratique, ouvrant sur une inquiétude
historique quant à la toujours possible déliaison des formes diverses de progrès: idée simultanément euphorique et dysphorique, la perfectibilité,
si on la considère à partir des débats dont elle n’a cessé de nourrir la pensée du temps, apparaît ainsi moins comme un préliminaire conceptuel au
‘progressisme’ du dix-neuvième siècle que comme une manière d’en interroger avant l’heure les limites éventuelles.

Florence Lotterie est maître de conférences de littérature française à l’Université Marc-Bloch (Strasbourg). Elle s’intéresse à l’histoire des
idées et à la production romanesque du dix-huitième siècle. Spécialiste du tournant de siècle et du Groupe de Coppet, elle a publié de nombreux
articles sur Mme de Staël et Benjamin Constant. Elle dirige actuellement un volume des oeuvres complètes de Mme de Staël et prépare une édition
critique de Thérèse philosophe.

Source : Philip Stewart, Secfs
[ Mis en ligne le 28 avril 2006 par Sarah Benharrech ]