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Revue Lumières, Esthétique et poétique de l’objet au XVIIIe siècle

Revue Lumières, numéro 5, 2005. Dossier « Esthétique et poétique de l’objet au XVIIIe siècle ».

Sous la direction de Christophe Martin et Catherine Ramond. Une publication bisannuelle du Centre interdisciplinaire d’étude des Lumières (CIBEL) de l’Université Michel de Montaigne Bordeaux 3.

La revue Lumières nous offre dans son numéro 5 un dossier sur « l’esthétique et la poétique de l’objet » qui réunit les contributions à deux journées d’études qui ont eu lieu à Bordeaux, en avril 2004, sous les auspices du CIBEL dont un des axes de recherches porte sur « les objets au XVIIIe siècle ». Le dossier explore la place et les fonctions, les pouvoirs et les significations de l’objet dans la littérature, les arts et la pensée du dix-huitième siècle.
En effet, comme Christophe Martin (Rouen) et Catherine Ramond (Bordeaux) le soulignent dans leur introduction à ce dossier, la « découverte littéraire de l’objet » ne date pas, comme on a trop souvent tendance à le croire, du dix-neuvième siècle : la promotion philosophique, épistémologique et morale de l’objet que l’on accorde volontiers au dix-huitième siècle s’accompagne bien également de sa promotion littéraire et artistique. Mais quel est donc cet « objet » ? Sans trancher ni exclure les cas limite (l’oiseau vivant, l’oiseau mort, est-il un objet ?), les contributions de ce dossier s’intéressent avant tout, puisque là semble l’enjeu le plus grand pour le dix-huitième siècle empiriste et sensualiste, aux objets concrets (au sens moderne) en tant qu’objets sensibles (au sens du dix-huitième siècle), c’est-à-dire dans leur rapport à l’homme. Une multiplicité d’objets est donc désormais susceptible d’être évoquée par les textes et les images au dix-huitième siècle : objets de luxe, objets scientifiques, objets banals, objets magiques, objets d’écriture, objets mécaniques.
Le nombre et l’importance des objets, certes, augmente, mais les objets acquièrent surtout « une certaine opacité » sur fond de laquelle ils multiplient à l’infini les fonctions narratives, les significations possibles et les pouvoirs dont ils sont susceptibles. Si les objets ont donc un pouvoir sur l’homme, qu’ils l’affectent et l’influencent, qu’ils réveillent le désir et sont eux-mêmes l’objet de désirs, ils sont bien de véritables « moteurs » du récit. Les objets confèrent cependant également un pouvoir à l’homme, pouvoir sur les autres, pouvoir de distinction, pouvoir de transformer le monde. De cette conscience des pouvoirs des objets découlent les multiples détournements de l’objet : les objets sont détournés (volés, voilés, transformés), mais ils causent également des détournements (de sens et de fonctions).
S’inscrivant dans un contexte critique marqué par un intérêt croissant pour la représentation littéraire et artistique des objets, de l’espace et du décor, le dossier se propose donc d’aborder, à travers un large choix de genres littéraires ainsi qu’en peinture, les représentations et les réalisations multiples de ces pouvoirs et détournements de l’objet qui constituent « l’esthétique et la poétique de l’objet » au XVIIIe siècle.

Lire un compte rendu du dossier sur www.fabula.org.

[ Mis en ligne le 23 octobre 2006 par Christof Schöch ]