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La fabrique des paroles de musique à l’âge classique
Du 25 janvier 2007 au 31 mai 2007
Centre de Musique Baroque de Versailles, 22, avenue de Paris - 78000 Versailles

Séminaire proposé par Anne-Madeleine GOULET - Chercheur au C. N. R. S. (Centre de musique baroque de Versailles) et Laura NAUDEIX - Université Catholique de l’Ouest (Angers)

La question des rapports entre texte et musique s’inscrit à l’horizon de nombreuses études menées par des linguistes, des historiens de la littérature, des sociologues, des musicologues, des spécialistes de l’opéra et du théâtre en musique, qui tous ont ouverts des pistes passionnantes qui mériteraient désormais d’être confrontées et synthétisées. La littérature critique sur ce sujet est peu abondante et rarement satisfaisante sur la question précise des rapports entre les deux langages. Toutes les études se heurtent en fait à un problème identique : l’absence d’une réelle méthodologie d’analyse des rapports entre le texte et la musique. Nous aimerions aller en quelque sorte à rebours de la méthode traditionnelle qui part des « produits finis », des genres établis – par exemple des livrets des tragédies lullistes –, et qui cherche à comprendre la façon dont ils se sont constitués. Il nous semble préférable de commencer la rec!
herche en amont, de rassembler des éléments épars et de voir comment ils désignent en fait une pratique qu’il nous appartient de reconstituer. Les grandes lignes d’une histoire de la poésie lyrique pourraient ainsi être retracées, sans que l’union entre la musique et le verbe soit uniquement pensée en fonction du modèle dramatique de l’opéra.
Si le lien entre poésie et musique est l’un des axes majeurs de la réflexion poétique en France à partir de la Renaissance, la question de produire une écriture poétique spécifiquement adaptée à la mise en musique connaît, à partir des années 1660, un renouveau théorique, lié à la volonté de concevoir un théâtre musical qui puisse soutenir la comparaison avec le modèle italien, et non plus seulement avec le modèle antique. En effet, parallèlement à la révolution que provoqua l’adoption de la tonalité dans la composition musicale, se développa une réflexion théorique renouvelée, notamment dans les textes de Pierre Perrin.
Les premières rencontres seront consacrées aux questions de méthode, par la suite elles porteront sur des études de cas, à partir de corpus spécifiques. Le but est dans un premier temps de faire le point sur les différentes manières d’envisager la question de l’écriture du texte poétique destiné à être mis en musique. De fait, chaque spécialiste sera sollicité pour la spécificité du regard et de la méthodologie qui sont les siens. Nous nous proposons de mettre en relation des chercheurs de disciplines diverses afin d’établir une écoute réciproque attentive et de parvenir à effectuer des croisements utiles. L’objectif du programme de cette année d’ouverture est double. En premier lieu, les différents intervenants, en dehors de leur communauté habituelle de travail, seront invités à présenter leurs chemins d’expérience – entendus comme expérience de recherche, de travail, voire de vie. Il s’agira moins d’exposer des résultats ac!
quis que de présenter une pensée en cours, avec ses incertitudes et ses points d’instabilité. En second lieu il s’agira de poser des jalons pour une théorisation de la fabrique des paroles de musique sous l’Ancien Régime (dispositifs et appareils critiques, construction de modèles formels) et pour une redéfinition de ses enjeux.
Notre champ d’investigation prendra en compte l’ensemble de la poésie chantée sous l’Ancien Régime: chaque époque a résolu différemment le problème posé par les paroles mises en musique et il importe de saisir dans sa globalité la diversité des réponses apportées.
Les différents questionnements que nous pouvons d’emblée soulever sont nombreux :
• Qui s’intéresse à la poésie lyrique est constamment confronté au problème de la continuité ou de la distorsion entre langage littéraire et langage musical : la musique souligne-t-elle le sens des mots du texte ou développe-t-elle un sens différent, qui vienne prolonger, tempérer et parfois même contredire celui du verbe?
• La prosodie musicale crée-t-elle une nouvelle prosodie du texte ou est-ce le texte qui impose sa prosodie à la musique? Comment définir et analyser le rapport qui s’instaure entre ces deux musicalités, la prosodie et la métrique d’une part, le phrasé musical d’autre part?
• Les thèmes poétiques retenus ont-ils une influence sur le style musical ? La musique des airs pastoraux obéit-elle aux mêmes procédés stylistiques que celle des airs encomiastiques? Peut-on alors repérer chez les compositeurs de l’époque des schèmes, des procédés ou des figures stylistiques qui soient fonction du thème poétique?
• La légèreté et l’impression de naturel apparaissent comme les dominantes stylistiques majeures de cette poésie. Contraints par les impératifs musicaux de refuser les enflures rhétoriques, les poètes réussissent à donner l’illusion du plus parfait naturel grâce à l’artifice le plus grand. Mais quelles règles fondent le naturel de la poésie lyrique?
• Pour le compositeur du XVIIe siècle, le choix du mode et celui de la tonalité sont hautement significatifs. Peut-on établir un lien entre les actes de langage et le choix d’une tonalité musicale, d’un type de mélodie et de contrepoint, d’un registre de voix, du nombre de voix et du type de rapport des voix entre elles? Existe-t-il un rapport entre le texte et le type de mesures adopté, le type de rythmes (airs de danse), de cadences, d’ornementation, mais aussi avec le choix d’un instrument?
• Quels critères guident le musicien lorsqu’il choisit un texte? Plusieurs paramètres ayant trait au texte doivent ici être pris en compte : son contenu, sa notoriété – ou du moins celle de son auteur –, mais aussi des caractéristiques moins immédiatement visibles qui tiennent à la prosodie, à la métrique, au vocalisme, au choix des rimes.
• Plus largement, il faudrait parvenir à dégager des vagues de créateurs dont les opinions divergeaient sur les rapports entre texte et musique. Cette réflexion devrait entraîner logiquement un travail sur la notion de genre aux siècles classiques : le domaine des « paroles de musique » était-il soumis à des règles aussi strictes que le reste du champ littéraire ? Les œuvres lyriques relevaient-elles de genres clairement définis et s’inscrivaient-elles naturellement dans le système poétique classique ?

Programme du premier semestre 2007
Le séminaire aura lieu un jeudi par mois de 14h30 à 16h30 au Centre de Musique Baroque de Versailles (22, avenue de Paris - 78000 Versailles).

1. Jeudi 25 janvier: Jean Duron (directeur de l’Atelier d’études du CMBV), «Exemples d’analyse du rapport entre livret et musique: à partir du premier acte de Pomone de Robert Cambert et Pierre Perrin et du premier acte de Cadmus et Hermione de Jean-Baptiste Lully et Philippe Quinault.» Le livret et un fichier pdf de la partition seront envoyés trois semaines avant la séance.
2. Jeudi 15 février: Céline Bohnert (ATER à l’université de Nantes), «La Poétique des paroles de musique selon Pierre Perrin: l’exemple de La Mort d’Adonis»
3. Jeudi 29 mars: Raphaëlle Legrand (Professeur à l’université de Paris IV-Sorbonne), «Dardanus de Leclerc de la Bruère et Rameau (1739): le poète musicien et le musicien poète»
4. Jeudi 26 avril: Benoît de Cornulier (Professeur de langue et de littérature française à l’université de Nantes), «Prosodie des paroles des airs à chanter à partir de deux Livres d’airs de différents auteurs de 1658 et de 1694»
5. Jeudi 31 mai: Olivier Bettens (Lausanne), «Parler comme on chante - chanter comme on parle. Quelques pistes pour rompre le cercle»
6. Jeudi 28 juin: Thomas Leconte (Responsable des éditions critiques au CMBV): «Les rééditions d’airs de cour dans la seconde moitié du XVIIe siècle: de l’importance du goût et de la mode en matière d’édition»

Programme des Jeudis musicaux de la Chapelle Royale de Versailles
L’entrée sera gratuite pour les participants au séminaire.
Hormis le 29 mars, tous les concerts auront lieu à la Chapelle Royale à 17h30.
Pour un programme plus complet: voir le site www.cmbv.com, rubrique «Calendrier des événements».
1. Jeudi 25 janvier: «L’Europe baroque à la Chapelle Royale - Petits motets et cantiques spirituels» par Les Chantres de l’école maîtrisienne du CMBV (dir. Irène Assayag et Hélène Dufour)
2. Jeudi 15 février: «La Chapelle de Louis XIII - Messe du Tiers d’Anthoine Boesset» par Les Pages et les chantres de l’école maîtrisienne du CMBV (dir. Olivier Schneebeli)
3. Jeudi 29 mars: «Amadis de J.-B. Lullys - Acte III» par Les Chantres de l’école maîtrisienne du CMBV (dir. Olivier Schneebeli). Versailles, Hôtel de Ville.
4. Jeudi 26 avril: «Musique à la cour de Gaston d’Orléans, frère du roi - Cantique de Moyse d’Étienne Moulinié», par l’Uranie Chamber ensemble (dir. Jean-Sébastien Beauvais)
5. Jeudi 31 mai: «“Judith sive Bethulia liberata” - Histoire sacrée de Marc-Antoine Charpentier» par Les Pages et les chantres de l’école maîtrisienne du CMBV (dir. Olivier Schneebeli)

Pour les inscriptions au séminaire et aux concerts, et pour toute information complémentaire, merci de prendre contact avec Laura Naudeix naudeixl@orange.fr ou Anne-Madeleine GOULET annemadeleine.goulet@freesbee.fr

Source : Laura Naudeix
[ Mis en ligne le 17 janvier 2007 par Eloïse Lièvre ]