Roxanne Roy: L’art de s’emporter. Colère et vengeance dans les nouvelles françaises (1661-1690).
Tübingen : Narr, Biblio 17, 2007. 342 p. ISBN13: 978-3-8233-6260-9, 78 €.
« Je suis bilieux comme tous les diables ; et, il n’y a morale qui tienne, je veux me mettre en colère de tout mon soûl, quand il m’en prend envie », déclare le bourgeois gentilhomme de Molière, soulevant du coup tous les problèmes que pose la dimension sociale et publique de cette passion. Mais il n’est pas le seul à s’exprimer à ce sujet. La colère et la vengeance sont omniprésentes dans les œuvres littéraires du XVIIe siècle. Qu’il s’agisse des histoires tragiques et sanglantes, des tragédies ou des comédies, des romans et des pastorales ou des nouvelles, des mémoires jusqu’aux contes de la fin du siècle, la passion pour la colère et la vengeance ne se dément pas. Elles font l’objet de préoccupations certaines chez les écrivains du Grand Siècle et sont au cœur de nombreux débats sur le plan de la justice (interdiction pour le noble de se venger en duel et prise en charge de la vengeance par l’État), de la philosophie et de la morale (la colère peut-elle être juste, et la vengeance légitime ?), de l’amour (une femme peut-elle aimer un amant colérique ?), des lois de la civilité et du comportement (quand et contre qui peut-on se mettre en colère ?), et de la religion (faut-il laisser le soin de sa vengeance à Dieu ?). Étudier la représentation de ces passions dans les textes, c’est donc mettre au jour les valeurs morales prédominantes de ce siècle, les règles et les pratiques qui dictent les comportements tant sociaux qu’amoureux, et ouvrir sur une topique culturelle.C’est ce que cet ouvrage se propose de faire en examinant la façon dont les nouvelles galantes et historiques thématisent ces deux passions. On se demandera quels sont les savoirs convoqués dans leur représentation, quel rôle la colère et la vengeance jouent dans ces textes, comment elles s’y manifestent, en suivant quelles règles.