* Numéro 1 : Le dialogue et le genre
Le dialogue aux prises avec la science des Lumières : Gilles-Augustin Bazin et les langues du savoir, Nathalie Vuillemin (Université de Neuchâtel)
Confort :

I- Le dialogue comme outil de diffusion du savoir

L’engouement des Lumières pour les sciences de la nature s’illustre, plus encore peut-être que dans la production pléthorique de traités, dictionnaires, articles pointus et autres écrits destinés à l’étude des savants et des amateurs éclairés, par la fascination qu’elles exercèrent sur les écrivains et le public mondain : on les voit frapper aux portes des salons, inspirer des fictions en tout genre et rejoindre les autres lectures « agréables » d’un monde instruit, curieux, mais sans connaissances spécialisées. Dans cette catégorie d’écrits, les ouvrages dialogués tiennent un rang honorable : on pense évidemment à Fontenelle, à l’Abbé Pluche ou à Diderot [1], éminents représentants d’un genre dont on lit peu, aujourd’hui, les Regnault, Bernardin de Saint-Pierre ou Lalande [2]. Gilles-Augustin Bazin est de ceux-ci, et plus précisément du petit groupe des savants et observateurs confirmés, qui convièrent un public inexpérimenté à la rencontre d’une nature dévoilée. On trouve son nom sous la plume d’une autorité telle que Réaumur [3] – dont il fut l’ami et le correspondant –, pour avoir participé, avec Charles Bonnet, à la découverte de la parthénogenèse du puceron. Or c’est précisément de l’œuvre de Réaumur que Bazin se fait le porte-parole, lorsqu’il publie, en 1744, son Histoire des abeilles [4], puis quelques années plus tard, un Abrégé de l’histoire des insectes [5].
L’auteur souhaite prodiguer aux personnes aisées, pour qui l’élevage des abeilles n’est qu’un simple amusement, les connaissances pratiques qui leur permettront de mieux apprécier ces insectes, et d’en tirer profit [6]. Le cinquième volume des Mémoires de Réaumur, l’un des rares ouvrages détaillés sur la question, est en effet hors de portée du lectorat visé : « par son prix, son étendue, et le sçavoir qui s’y trouve renfermé, [cet ouvrage] semble n’être que du ressort des Sçavans et des Curieux. » (Hist. , p. IX) Quant aux écrits antérieurs de Swammerdam ou Maraldi, ils semblent également inaccessibles : l’un, écrit en latin et en hollandais, « n’est point à l’usage des personnes que nous avons en vue » [7] (ibid., p. VIII) ; les textes du second se trouvent éparpillés dans les Mémoires de l’Académie des sciences, « et par conséquent hors de la portée des personnes qui en auraient le plus besoin. » (ibid., p. X)
Si Bazin déclare d’emblée sa fidélité au texte de Réaumur, voire l’emprunt de certains passages à l’Académicien (ibid., p. 12-14), tout le projet est fondé sur une approche plaisante d’un sujet difficile, grâce au dialogue, forme qui « [lui] a paru la plus propre à instruire, sans avoir un air dogmatique capable de rebuter des Lecteurs, qui, faute d’exercice, ne se croient pas en état de soutenir un discours suivi » (ibid., p. XI-XII) ; l’utilité du savoir présenté, ainsi que le pittoresque des faits, primeront par ailleurs sur les détails savants :

Les Sçavans qui font des découvertes, les traitent en Sçavans : ils s’étendent & pésent sur des circonstances qui sont importantes entre eux, & pour le progrès des Sciences, mais souvent indifférentes, & quelquefois rebutantes pour la partie du Public qui est plus curieuse de connoître les découvertes, que la maniere dont elles ont été faites. […] L’ordre, les classes, les genres, les espéces dans lesquels M. de Réaumur a distribué toute la nombreuse famille des Insectes, les caractères spécifiques qu’il nous a indiqués pour les connoître & les distinguer, sont certainement la partie de son histoire qui marque le mieux sa profonde pénétration & sa grande capacité ; mais ce n’est pas ce qui plaît davantage au plus grand nombre des Lecteurs ; il y en a tel qui lui eût fait grâce de toute cette sçavante partie de ses Mémoires, pour le seul fait qu’il nous apprend, des petits bateaux que les Cousins sçavent faire pour mettre leurs œufs à flot. (Abr., p. VII-IX)

Difficile de ne pas entendre ici l’écho des Entretiens sur la pluralité des Mondes de Fontenelle [8]. Et pourtant, les dialogues de Bazin – qui, à l’exemple de cet éminent modèle, mettent en scène une femme et son « maître » d’histoire naturelle à l’œuvre dans un grand parc – semblent vouloir se distinguer de cette science enjolivée de rêveries et de métaphores, aussi bien que du jargon des véritables « physiciens ».
Nous nous intéresserons ainsi à la réflexion d’un savant sur la diffusion du savoir, tant du point de vue de la langue propre à cette opération, que des stratégies littéraires adéquates, et des présupposés « sociologiques » qui les sous-tendent. Nous suivrons dans cette entreprise les personnages eux-mêmes qui, truffant leurs répliques de remarques métadiscursives, invitent le lecteur à partager avec eux une forme idéale de communication entre les esprits et les sexes. A l’exemple d’autres auteurs de son siècle, Bazin met à mal les codes implicites que le succès des Entretiens sur la pluralité des Mondes avaient donné au genre [9].

II- Le refus d’un certain savoir : distribution des rôles

Dans ses avertissements au lecteur, Bazin prend soin de nous expliquer ses intentions, l’origine de son projet et, nous l’avons vu, de cerner le lecteur auquel il s’adresse. Cette prise de parole auctoriale se voit comme dédoublée dans un bref échange entre les personnages, Eugène et Clarice, intitulé « dialogue ». L’absence d’argument précis permet seule de distinguer cette première pièce des suivantes [10]. Par le biais du « dialogue », on entre dans la fiction, et accède aux raisons imaginaires des entretiens sur les abeilles ; mais c’est surtout l’occasion, pour l’auteur, d’ancrer les positions et les caractères de chaque personnage, clé de lecture indispensable pour la suite de l’ouvrage.
L’Histoire des abeilles s’ouvre de manière originale sur un rejet de l’argument : Clarice refuse, après y avoir réfléchi un temps, de lire les Mémoires de Réaumur, comme le lui avait proposé son ami [11] Eugène : « vous m’avez annoncé cette histoire, non seulement comme très-agréable, mais aussi comme très-sçavante. Vous ne sçavez pas apparemment que si l’agréable m’attire de dix pas, le sçavant me repousse de vingt » (Hist., p. 2). On débat quelque temps, Eugène se déclarant surpris de voir son interlocutrice réagir « comme [s'il lui] avoi[t] donné Descartes, ou Newton » (ibid., p. 4). De fil en aiguille, on découvrira que la véritable raison du refus de Clarice est d’ordre linguistique, dans la tradition d’une exigence de langage « honnête » : Réaumur s’exprime en effet en géomètre, et la géométrie n’est pas faite pour les femmes (ibid., p. 3 et 5). Devant l’insistance d’Eugène, Clarice donnera le ton – au sens propre du terme – des entretiens qui suivront :

[…] je n’ai pas besoin, pour admirer les ouvrages du Créateur, d’aller me perdre dans des démonstrations qui passent les bornes de ma capacité. En un mot, pour abréger notre contestation, je consens que vous me fassiez vous-même l’histoire des Abeilles, & même je vous en prie ; mais épargnez-moi les classes, les genres, les espéces, & tout le détail sçavant. Je ne veux apprendre de ce petit peuple, que la vie, les mœurs, les inclinations, les occupations, le travail, les industries : comme quand je lis l’Histoire de la Chine, je n’ai pas besoin qu’on m’explique le Calendrier Chinois ; […] Enfin, je ne vous demande que le Roman, mais le Roman vrai de l’histoire des Abeilles. (Ibid., p. 6-7)

La voix de Clarice s’élève au nom du public curieux que Bazin choisit comme destinataire dans son avertissement, et l’interaction entre les personnages construira une leçon idéale de l’auteur à son public. Il avait en effet pris soin de préciser, que « l’Eugène des Dialogues, c’est l’Auteur du Livre » (ibid., p. XIV). La Marquise de Fontenelle s’est quant à elle muée en « une mere de famille, vivant dans sa terre, & dont l’esprit n’a d’autre culture que celle que donne une bonne éducation, le commerce du monde, & la lecture des livres qui ne sont pas absolument frivoles » (ibid., p. XIII-XIV). Ce bon sens du personnage, la modestie qui lui permet de rester à distance d’un savoir spécialisé, tout en manifestant un certain intérêt pour la nature, en font une interlocutrice particulière, dans le corpus des dialogues. Alerte, Clarice sera rapidement débarrassée des préjugés et des naïvetés du néophyte. A tel point que dans l’Abrégé de l’histoire des insectes, Bazin recourt à un troisième personnage, Hortense, pour laisser à l’ignorance une voix vraisemblable : « ayant à relever de certains préjugés, Clarice déjà trop instruite, ne m’en auroit pas fourni l’occasion autant qu’une jeune personne, encore imbue des préjugés de son enfance […] » (Abr., XVII-XVIII).
L’Histoire naturelle des abeilles et l’Abrégé de l’Histoire des Insectes construisent ainsi des identités féminines qui, loin d’afficher une passivité émerveillée face au monde compliqué des insectes, progresseront rapidement, de leur ignorance initiale, non seulement vers une vision rationnelle de la nature, mais encore vers une réflexion sur l’accès au savoir. Au début de l’Histoire des abeilles, la résistance de Clarice face à la trop sérieuse étude de Réaumur, est étayée d’arguments qui entérinent la différence entre hommes et femmes face aux connaissances : la femme savante – ou faussement savante – est marquée d’une aura d’inconvenance. Parler de géométrie, pour une femme, c’est faire, selon Clarice, comme les provinciales qui « ayant été à Paris, ou à Versailles, mêlent l’air de la Cour au Jargon de leur pays » (Hist., p. 2). Notre mère de famille se refuse à cette vulgarité, se pliant de bonne grâce au « partage » des sexes que la littérature relaie depuis longtemps :

Soit que les hommes aient fait les loix suivant leurs intérêts […], soit que la raison seule, & sans aucunes vûes particuliéres, ait présidé à ces intuitions ; les loix sont faites : notre naissance nous y soumet, il faut leur obéir. J’en dis autant des coutumes & par conséquent celle qui nous condamne à ignorer les sciences sublimes. […] Gardez pour vous la science, & laissez-nous des lectures qui soient simplement enjouées, & amusantes ; c’est tout ce qu’il faut à notre sexe, du moins à moi. (Ibid., p. 3-4).

L’une des vertus des entretiens, nous le verrons, sera d’apprendre à Clarice à se dépourvoir de toutes les sortes de préjugés, en dénouant l’amalgame qui confond, dans son esprit, la langue savante et la saine connaissance.

III- Les plaisirs de la philosophie

On sait combien Fontenelle, dans les Entretiens sur la pluralité des Mondes, attachait d’importance à la notion de plaisir, au sens que lui attribuait la rhétorique classique du placere, nécessaire pour accompagner et mener à bien l’opération de docere, mais également dans une dimension plus hédoniste qui permet à l’auteur de prendre certaines libertés, notamment face à l’attestation des faits exposés : les Entretiens sont les lieux de tous les plaisirs, du savoir, mais aussi de la fiction et d’autres, moins explicites.
Bazin, nous l’avons vu, justifie son entreprise par cette même volonté de réjouir son lecteur. La fiction, toutefois, sera sévèrement bannie des deux traités, au risque même de limiter le divertissement attendu :

HORTENSE : Il ne me faut que de jolis contes, des historiettes, des choses rares & inouïes.
EUGÈNE : Nous ne sommes cependant ici que pour parler d’Insectes.
CLARICE : Entretenez-nous de tout ce que vous jugerez à propos, pourvû que vous amusiez Hortense, c’est tout ce que nous attendons de vous.
EUGÈNE : Retranchez premièrement de l’amusement, que vous espérez, les historiettes & les jolis contes, car je n’en sçai point faire, & n’en aurois pas la complaisance. Pour des choses rares, inouïes, & vraies pourtant, je vous en promets. Mais si elles vous amuseront ou non, c’est une autre affaire. (Abr. , p. 14-15)
[12]

Une fois affirmée cette règle fidèle à la science des Lumières, Eugène fonde sa pédagogie sur deux grands principes.

1- La langue du savoir

L’utilisation systématique d’un langage extrêmement concret gomme l’air d’abstraction que Clarice reprochait au propos réaumurien [13]. Eugène s’autorise ainsi le recours à une langue imagée, dans les limites, ici encore, d’une certaine vraiemblance scientifique. La comparaison systématique des insectes avec les êtres humains, en particulier pour décrire l’organisation de leurs sociétés, est, par exemple, depuis longtemps admise, et exploitée par les savants eux-mêmes. Lorsque l’enseignant s’applique à « traduire » un terme savant par quelque périphrase, il prend soin, en outre, de ne pas quitter le champ sémantique scientifique [14]. Mais à l’inverse, s’il souligne les carences élémentaires du langage de Clarice – qui, elle, ne nous épargne aucune incongruité –, c’est sans insistance, comme par simple devoir, et sans l’astreindre pour autant à acquérir les termes idoines :

CLARICE : […] je me souviens que le hazard, qui se mêle aussi de mes affaires, me fit observer un jour une Mouche à miel travaillant sur une fleur. Je lui vis très-distinctement plonger sa trompe au fond du calice, & la tenir quelque tems piquée dans l’extrémité inférieure d’une des feuilles colorées qui composent la fleur.
EUGÈNE : On appelle en termes de Botanique ces feuilles, des Pétales.
CLARICE : Pétales, soit. Il me semble même la voir pomper. Mais je ne me souviens plus sur quelle espéce de plante elle étoit.
EUGÈNE : Au pomper près, car elles ne pompent point, l’observation est bonne. Parlons de la trompe […]. Il faut d’abord vous prévenir contre le préjugé commun, en vous avertissant que la trompe & la bouche sont deux parties différentes, et séparées l’une de l’autre.
CLARICE : C’est donc comme dans l’Eléphant.
EUGÈNE : A peu près. (Hist., p. 86-87, nous soulignons.)

Non sans ironie, Bazin souligne ici la primauté de l’observation et de la compréhension des phénomènes sur leur expression. Le dialogue joue un rôle essentiel dans cette mise en scène de la communication entre deux langages, deux appréhensions de la nature qui, en fin de compte, trouvent un terrain d’entente dans l’acceptation, de la part du savant, d’un « à peu près » qui n’entrave nullement la diffusion de la connaissance. La remarque de Clarice, « Pétales, soit », laisse quant à elle entendre que, contrairement aux grands principes linguistiques qu’on prône alors, l’exactitude des termes importe peu pour le simple amateur [15]. La conversation tisse, entre le regard et son commentaire, une expérience de la nature qui prime sur tout apprentissage théorique ou technique. Or seul le genre dialogué autorisait peut-être cette confrontation de deux « styles » qui, en plus de relever les différences entre les deux personnages – au point d’en faire des « types » –, laisse au lecteur le soin de choisir le niveau de langage qu’il préfère. L’auteur évoque d’ailleurs dans l’avertissement de l’Abrégé la difficulté d’écrire pour différents destinataires :

Un sujet que l’on a épuisé autant que les connoissances humaines l’ont pû permettre, est tel qu’il doit être, mais ordinairement trop étendu pour chaque Lecteur en particulier. Ce qui est à la portée ou au goût des uns, ne l’est pas à celui des autres. Le plus grand nombre de ceux qui se plaisent à lire l’histoire, n’a communément d’autre objet que la singularité des faits, & d’autre intérêt que l’amusement. Ce qui n’est point du genre des connoissances de celui qui lit, est une interruption fâcheuse ; on se rebute d’être arrêté trop souvent dans un chemin que l’on a compté de trouver agréable par-tout. On aime à couler rapidement sur des faits rians ou intéressans. Chaque Lecteur voudroit qu’on ne parlât qu’à lui. (Abr., IX-X, nous soulignons)

Clarice exprime ainsi les impressions curieuses de l’observateur sans qualification ; son approche de la nature est intuitive et sensible, attentive aux faits, celle d’Eugène, plus intellectuelle, nomme et précise les idées de son interlocutrice. On constate, et cette remarque sera vérifiée par la suite, que les exigences de la science dans son champ clos – la précision des termes pour la diffusion et le progrès du savoir – n’est pas indispensable au simple plaisir de la découverte.
Le dialogue manifeste cependant certaines limites dans cette permanence du rapport empirique de Clarice à la nature ; Bazin n’en est pas dupe : l’œuvre écrite ne peut relayer en toute circonstance l’immédiateté de l’appréhension par le regard. L’explication de la formation des alvéoles suggère toute la difficulté d’une entreprise vulgarisatrice qui cherche à s’abstraire des exigences épistémologiques de son siècle : comment, en effet, définir les « gâteaux de cire » autrement qu’en recourant à la clarté du langage géométrique ? Eugène tente cette solution apparemment évidente, non sans déployer toutes les stratégies de captatio imaginables pour se concilier la bienveillance d’une auditrice qu’il devine récalcitrante :

Réservez votre admiration toute entiére pour le sujet dont nous allons parler. Vous n’en aurez pas trop pour rendre gloire à l’Auteur de tant de merveilles, que vont vous faire voir de chetifs animaux, de simples insectes ; qui vous montreront des ouvrages que toute l’intelligence humaine n’auroit pas pû imaginer, & dont la structure admirable n’a été bien connue qu’après une étude opiniâtre de la plus sublime & transcendante géométrie. (Hist., II, p. 27)

Même divins, cependant, les « points cardinaux » de l’art des abeilles, les « diamétre déterminé », « tuyaux ronds » (ibid., p. 29), « fonds plats » et « fonds pyramidaux » (ibid., p. 31), « triangle », « carré », « cercle », « compas », « poligônes » (ibid., p. 32), ne parviendront pas à séduire Clarice qui, atteinte de migraine (ibid., p. 34), exige la simplicité : « je ne veux que des termes vulgaires, des démonstrations à la portée des enfants » (ibid., p. 35). Eugène la prend au mot, et s’applique alors à plier et découper des cartes à jouer pour construire avec elle les fameuses alvéoles. Malgré l’enthousiasme de la dame face à cette démonstration qui la rend, pour un temps, aussi savant qu’une abeille – « Je vous ai si bien compris, que si mes Abeilles oublioient l’art de faire des alvéoles, je suis en état de leur apprendre leur métier. Avec deux cartes à jouer, & une paire de cizeaux, je leur en ferois leçon. » (ibid., p. 39) – , on ne saurait trop insister sur l’hermétisme d’un tel passage :

Plions un de ces trois morceaux en deux suivant sa longueur. Coupons ensuite un des bouts de ce morceau plié en bec. Déplions-le. Vous voyez qu’il finit en pyramide, & que le pli que nous avons fait forme une espéce d’arrête, qui partage ce morceau en deux espaces égaux. Remarquez ce pli, car nous en aurons besoin par la suite. Traitons de même, c’est-à-dire, plions & coupons les deux autres morceaux de la même carte. Ouvrons-les, mais non pas entiérement, afin que le pli que j’ai appellé l’arrête, paroisse faire deux morceaux d’un seul. Posons présentement ces trois morceaux debout à côté l’un de l’autre. Assemblons-les ensuite en cercle, comme si nous en voulions faire un tuyau. Chacun de ces trois morceaux étant partagé en deux par son pli, vous voyez que notre tuyau est formé de six piéces planes, lesquelles en sont un exagône ou figure à six pans. Voilà un alvéole d’Abeille […]. (Ibid., p. 35-36)
L’usage des déictiques, le bricolage effectif auquel procèdent Eugène et sa compagne plongent le langage d’action dans les affres de l’incommunicabilité. Aussi bien que dans la longue dissertation géométrique [16], Bazin recourt d’ailleurs à force renvois aux planches [17] pour éclairer le lecteur : il ne lui reste plus qu’à tenter, en suivant les dessins, de reproduire les pliages des cartes à jouer !
Est-ce là condamner la solution du dialogue comme véhicule d’un savoir simplifié ? D’autres éléments du textes, qui constituent le second principe pédagogique d’Eugène, demandent de nuancer cette suggestion : n’est-ce pas plutôt la dimension d’écrit, de livre, qui empêche le lecteur de profiter pleinement des leçons des entretiens ?

2- Les vertus de la conversation

Au fil des textes, on peut recueillir un certain nombre de remarques sur les vertus de la conversation comme mode idéal d’apprentissage, opposé dès l’introduction de l’ Histoire des abeilles à l’ennui du savoir livresque, à la fois par l’auteur dans son avertissement, et par Clarice dans son refus d’accéder à Réaumur autrement que par les « romans » – oraux – d’Eugène. L’écrit fait l’objet de plusieurs autres commentaires, souvent sévères de la part des dialogueurs : Clarice s’indigne ainsi d’apprendre que les erreurs de Virgile sur les abeilles proviennent d’Aristote (Hist., p. 329) ; Alexandre de Montfort est également condamné pour son Printemps des Abeilles au langage décidément trop poétique et obscur, que Clarice qualifie de « galimathias » [sic] (ibid., p. 330-331). Et après qu’Eugène l’a convaincue que la Maison rustique de Liger ne contient que des « conte[s] de vieille » (ibid., p. 155), on s’attaque à des autorités plus imposantes. Forte de ses leçons d’observation, Clarice se voit soudain en mesure de contredire Swammerdam lui-même, grâce à l’équivalence qu’elle avait établie entre… la trompe des abeilles et celle de l’éléphant :

EUGÈNE : Cet habile Naturaliste ayant examiné d’une part la cire brute, & l’ayant reconnue pour n’être qu’un composé de petits grains, & ayant jugé d’autre part que le diamétre de ces grains surpassoit de beaucoup celui de l’ouverture de la trompe, il en avoit conclu que les Abeilles ne pouvoient avaler la cire brute […]. Vous devez être en état, Clarice, […] de réfuter vous-même le sentiment de Swammerdam. […]
CLARICE : […] Je me souviens que vous m’avez déjà donné occasion de comparer l’Abeille à l’Eléphant : ce rapport qui me revient à la mémoire, se présente avec plus de justesse que je ne croyais d’abord. L’Eléphant boit par sa trompe, & mange par une bouche qui est au-dessous ; l’Abeille boit de même avec sa trompe, & mange par une bouche qui est au-dessus. Ainsi votre Naturaliste a eu tort de nier que les Abeilles fissent usage des poussiéres des étamines pour leur nourriture […] ; c’est comme si quelqu’un s’avisoit de nier que l’Eléphant ne fait usage de pain ou de foin, parce que l’un & l’autre ne peuvent passer par sa trompe. Comment un si habile homme que Swammerdam, a-t-il pû tomber dans une pareille erreur ? (Hist., II, p. 20-23, nous soulignons)

Il semble que Clarice se plaise désormais à récrire ces « sciences sublimes » qu’elle croyait lui être interdites.
L’usage positif du livre se limite, pour ainsi dire, à la consultation des planches dans l’ouvrage de Swammerdam. Mais là encore, la savante Clarice remarquera – avec le langage qui lui sied – l’absence de certains détails : l’œuvre du grand naturaliste « ne contenteroit pas pleinement des femmes qui seroient plus curieuses que moi, & qui en voudroient savoir davantage. » (Hist., I., p. 167) La critique permettra à Eugène de combler ces lacunes.
Le dialogue est donc le lieu d’une correction du savoir livresque, mais surtout d’un changement de statut de l’autorité savante : Clarice corrigeant Swammerdam joue en quelque sorte le rôle d’un Réaumur qui comparerait une abeille à un éléphant. C’est même, dirait-on, grâce à son langage ascientifique et approximatif, à des images primaires qui évitent les longues démonstrations, que l’évidence des phénomènes lui saute aux yeux.
Ces différentes vertus du dialogue sont thématisées par Eugène et Clarice, qui insistent sur la nécessité de l’interaction dans l’apprentissage. Au début du second volume de l’Histoire des Abeilles, Clarice se montre soudain empreinte du désir d’assister à quelque leçon ex-cathedra :

CLARICE : Ecouter avec attention, voir de tous mes yeux, & garder un respectueux silence ; ce sont les dispositions que j’apporte à l’Entretien d’aujourd’hui.
EUGÈNE : Vous avez tort, Clarice. Pour apprendre il faut voir, écouter, demander, dire, contredire, & ne se rendre qu’à l’évidence.
CLARICE : Ne peut-on pas aussi se rendre à l’autorité ?
EUGÈNE : Sans doute, Mais il faut que la parole du maître à l’autorité duquel on défère, soit dans la classe des choses évidentes.
CLARICE : Je m’en tiens-là. Ma confiance en vous, mon envie de sçavoir, & ma paresse, y trouveront leur compte.
EUGÈNE : Je vous aurois dispensée du compliment, mais je ne vous dispense point de me faire des objections toutes les fois que vous en trouverez l’occasion. (Hist., II, p. 29, nous soulignons)

Dans l’Abrégé de l’histoire des insectes, riche de cette leçon de méthode, Clarice exprime sa satisfaction face à la présence d’Eugène qui, affirme-t-elle, l’aide à « dissiper l’ennui de la solitude ». Eugène s’interroge :

Qu’un homme sans lettres, sans lecture, sans génie, qui ne sçait trouver aucune ressource en lui-même, dise qu’il s’ennuie quand il est seul, je le crois facilement. […] Mais pour vous, Clarice, qu’un esprit orné par la lecture, éclairé par la conversation des personnes sçavantes, […] rend plus propre qu’un autre à vous faire trouver toujours en bonne compagnie, quoiqu’avec vous-même ; je suis étonné de votre frayeur. (Abr., p. 3-4)

C’est, rétorque Clarice, que le savoir n’est bon qu’à être partagé, pour goûter au « plaisir d’être contredite » (ibid., p. 4). Dans le contexte d’un dialogue entre un homme et une femme, ce plaisir de la querelle vaut la peine d’être examiné dans sa dimension galante, dimension que Bazin ne renie pas dans son texte. Les interlocutrices d’Eugène se montreront parfois fort délicates, sur certains arguments ; Clarice, lorsqu’il aborde le sujet de la fécondation : « Prenez garde, Eugène, les Sçavans peuvent avoir la liberté de voir ce que les Dames n’ont pas celle d’entendre. » (Hist., p. 182) Puis suggérant à ces dames une « petite dissection anatomique » pour examiner le nombre d’œufs portés par une mouche, il est similairement freiné dans son élan par Hortense : « Je vous en dispense, cela est trop galand. [sic] » (Abr., p. 182 et 183). La même soulignait, lors de sa première rencontre avec le professeur, la liberté de ses propos :

CLARICE : Ne vous félicitez-vous point d’avance, sur le petit Collége dont vous allez être le Régent ?
EUGÈNE : Cela dépend de la nature des leçons que l’on voudra prendre, & de la docilité des Ecolières.
HORTENSE : Ce début me paroît galant. Qu’en pensez-vous, Clarice ?
CLARICE : Notre Professeur, comme vous voyez, n’est ni sauvage ni renfrogné. Nous pouvons en espérer une Philosophie qui n’aura rien de triste. (Abr., p. 13)

D’une certaine façon, le badinage et la légèreté des propos garantissent donc l’intérêt de la philosophie, ici encore selon le principe de l’agrément. D’autres indices nous laissent toutefois supposer que ces allusions suggèrent une relecture originale du jeu de séduction qui côtoie traditionnellement le savoir, dans ce type de dialogue « philosophique ».
Les conversations entre Eugène, Clarice et Hortense, malgré l’isolement du parc, puis de la campagne où sont dispensées les leçons, échappent en premier lieu à la connotation clandestine que Fontenelle avait donné à ses entretiens nocturnes, exploitée plus tard par Diderot dans ses différents dialogues [18]. Est-ce là un simple « oubli » de l’auteur, qui avait cependant pris soin de créer Hortense non seulement pour incarner la naïveté, mais encore parce qu’« il eût été peu décent de laisser une femme seule avec un homme, dans les courses auxquelles engage la recherche des Insectes » (Abr., p. XVII) ? Tout porte au contraire à croire que cette esthétique de l’entretien secret est rejetée par Bazin. Au moment de son départ, Hortense se voit en effet chargée d’une véritable mission auprès de ses concitadins : relater les entretiens, raconter le bonheur de sa découverte de la nature, la beauté de celle-ci, les bienfaits physiques et moraux de l’enseignement qu’on lui a prodigué (Abr., II, p. 175-177) [19]. Auparavant, elle avait cependant émis un doute quant à la légitimité, plus précisément au sérieux, de cette occupation : un étranger rencontrant les trois amis à la chasse aux insectes ne les aurait-il pas pris pour fous ? (Abr., I, p. 187) Par un petit apologue sur Démocrite, Eugène lui démontre que la sagesse se cache souvent derrière des airs de folie. Clarice et Hortense ont alors cet échange étonnant, où la femme savante est identifiée à ce sage qu’on ignore :

CLARICE : […] il y a encore bien des Abdéritains [20] dans le monde ; il faut qu’une femme se fasse, pour ainsi dire, un front, lorsqu’elle veut se mêler d’apprendre des choses qui sont communément ignorées du vulgaire.
HORTENSE : Il est singulier que les hommes se soient avisés de vouloir nous interdire jusqu’à la science, & encore plus singulier que nous ayons été assez dociles pour en passer par-là. C’est une tyrannie, dont je veux me tirer. (Ibid., p. 189)

En plus de certaines connaissances sur les insectes, les entretiens auront donc permis aux deux femmes de réviser les idées qu’on leur avait inculquées sur l’accès au savoir. Parce qu’il ouvre aux femmes les portes de la science – d’une certaine science –, le dialogue, comme l’affirme Michel Delon, offre un lieu d’expression à l’altérité [21] ; mais parce qu’il déjoue les stratégies d’un savoir monologique – et masculin –, il devient également le théâtre possible d’une prise de parole, et de pouvoir. Les controverses qui s’y nouent parfois ressemblent, Clarice le souligne, à un plaisant jeu de séduction, où l’on ne perd la raison que lorsqu’on est réduit au silence : « Croyez-vous, Eugène, me faire votre cour, quand vous me réduirez au point de ne pouvoir vous contredire ? Je vous avertis que si vous continuez d’avoir toujours raison, vous pousserez la mienne à bout. » (Hist., p. 64) La femme instruite a tout loisir de choisir le moment de sa défaite.

Conclusion

Parce qu’il restait un genre relativement peu codifié [22], marqué par quelques éminents modèles, le dialogue laissait à ses auteurs la liberté d’en faire le véhicule de toutes les propositions. Bazin le charge de diffuser une philosophie originale, qui vise à la rencontre des différences : formes de savoir, lecteurs – et dialogueurs –, langages.
Mais s’il reproduit un idéal pédagogique que seule la conversation peut assumer, le projet, par sa nature même de texte, se voyait condamné dans sa réalisation immédiate à incarner tout au plus un exemple abouti des vertus de l’entretien.
Dès la fin du second volume de l’Abrégé, l’entreprise s’épuise : Eugène dispensera désormais ses leçons par correspondance, et la voix de Clarice – qu’on nous dit occupée à un procès – restera implicite. Le dialogue se borne, dès lors, aux leçons de l’auteur à son lecteur, plus fidèle, en cela, à la forme du traité [23]. Clarice, quant à elle, sera bel et bien contrainte à la lecture ! Comme l’Abbé Pluche ou d’autres contemporains, Bazin a pu sentir la difficulté d’appliquer le genre à une œuvre de longue haleine sans tomber dans la monotonie [24]. Les quatre premiers volumes, cependant, forment un tout narrativement cohérent, dont la séquence initiale – Clarice refusant une science « pour les hommes » – et la conclusion – Hortense s’en allant répandre la morale savante en ville –, se répondent. Remodelant les Entretiens fontenelliens autour d’un nouveau personnage féminin, qui tient salon dans la nature et franchit allégrement les portes de son parc, sans crainte d’être surpris, Bazin invite Hortense et Clarice à privilégier la curiosité face aux règles, celles du style savant comme de la bienséance établie.

Notes

[1] Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des Mondes, 1784 ; Antoine Pluche, Le Spectacle de la Nature, ou entretiens sur les particularités de l’histoire naturelle, 1732-1746 ; Denis Diderot, Le Rêve de d’Alembert (1769), 1782.
[2] Noël Regnault, Entretiens physiques d’Ariste et d’Eudoxe, 1729 ; Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, « Entretiens entre un voyageur et une dame sur les arbres, les fleurs et les fruits », in Voyage à l’Isle de France, à l’Isle de Bourbon, au Cap de Bonne-Espérance, &c. Avec des Observations nouvelles sur la nature & sur les Hommes, par un officier du roi, Amsterdam, 1773 (2 vol.), vol. II, p. 157-221 ; Jérôme de Lalande, Astronomie des dames, 1801. Pour d’autres titres, on consultera D. J. Adams, Bibliographie d’ouvrages français en forme de dialogue (1700-1750), Oxford, The Voltaire Foundation, 1992, ainsi que l’article de Michel Delon, « La marquise et le philosophe », Revue des sciences humaines, n° 182, 1981, p. 65-78 ; plus particulièrement les pages 67-68.
[3] Antoine Ferchault de Réaumur, Mémoires pour servir à l’histoire des insectes, t. VI, Paris, Imprimerie Royale, 1742, p. XLVII.
[4] Gilles-Augustin Bazin, Histoire Naturelle des Abeilles, Paris, 1744, 2 vol.
[5] Abrégé de l’histoire des insectes, pour servir de suite à l’Histoire naturelle des Abeilles, Paris, 1747-1751, 4 vol.
[6] Histoire Naturelle des Abeilles, vol. I, « Préface », p. IV-VII. On donnera désormais les références dans le texte, précédées de Hist. pour l’Histoire des Abeilles, et de Abr. pour l’Abrégé de l’histoire des insectes. Nous conservons l’orthographe originale dans nos citations.
[7] Il s’agit du traité de Jan Swammerdam, Historia insectorum generis, Utrecht, 1669.
[8] « Je dois avertir ceux qui liront ce Livre, et qui ont quelque connoissance de la Physique, que je n’ai point du tout prétendu les instruire, mais seulement les divertir en leur présentant d’une maniere un peu plus agréable et plus égayée, ce qu’ils sçavent déja plus solidement ; et j’avertis ceux à qui ces Matieres sont nouvelles, que j’ai crû pouvoir les instruire et les divertir tout ensemble. » Entretiens sur la pluralité des Mondes, « Préface », éd. Alexandre Calame, Paris, Société des textes français modernes – Lille, Klincksieck, 1991, p. 4-5.
[9] Michel Delon montre dans son article l’ambiguïté de Diderot à l’égard du modèle fontenellien. Nombreuses furent par ailleurs, au XVIIIe siècle, les critiques des savants comme des écrivains, à l’encontre d’un texte trop teinté de fiction, et dont le langage était souvent jugé « anti-philosophique ». A titre d’exemple, on relira le second chapitre de Micromégas, où l’habitant de Sirus reproche au secrétaire saturnien ses incessantes comparaisons – toutes tirées des Entretiens sur la pluralité des Mondes – pour décrire la nature : « Je ne veux point qu’on me plaise ; je veux qu’on m’instruise », conclura-t-il. (Voltaire, Micromégas, in Romans et contes, éd. R. Pomeau, Paris, Garnier-Flammarion, 1966, p. 133-134.)
[10] Les entretiens sont en effet munis d’un titre qui circonscrit l’objet du débat, par exemple : « Premier entretien : Des premiers objets que présente une ruche ».
[11] La qualité des relations entre Eugène et Clarice n’est jamais précisée, mais comme le remarque Roland Mortier, « [l]a relation qui unit ponctuellement les devisants est fréquemment passée sous silence, ou expliquée en termes vagues par l’amitié. Le vrai rapport entre eux est d’un autre ordre : il tient à leur place dans l’argumentation et à l’organisation rhétorique imposée par l’auteur en fonction de son objectif. » « Pour une poétique du dialogue : essai de théorie d’un genre », Literary Theory and Criticism. Festschrift in Honor of René Wellek, Bern e. a., Peter Lang, 1984, p. 466.
[12] Cet attachement à la vérité était déjà exprimé au début de l’Histoire des abeilles : « je ne vous dirai rien que de bien vû, & de bien avéré ; il entrera beaucoup de merveilleux dans mon récit, mais rien de faux ; je détruirai des fables anciennes, dont je ne doute pas qu’on n’ait bercé votre enfance ; à la place, vous aurez des vérités qui ne vous surprendront pas moins, & vous contenteront davantage. » (p. 7-8)
[13] Clarice associait en effet les Mémoires de Réaumur aux « Sciences abstraites ». (Hist., p. 2)
[14] « […] son corps s’allonge tout entier […], il forme avec la branche un angle de quarante-cinq degrés ; ou, pour vous parler moins sçavamment, que l’animal est là droit comme un bâton posé de bout sur un plan et dans une situation oblique […] » (Hist., p. 20, nous soulignons.)
[15] Depuis Locke, tous les philosophes font des « abus de langage » l’ennemi juré de la philosophie. Les hommes des Lumières, certains que le progrès de la connaissance dépend de l’exactitude des termes, rêvent d’une langue où chaque mot définirait précisément un objet, outil analytique qui ne laisserait aucune place aux approximations. A titre d’exemple, on consultera par exemple Condillac, La logique ou les premiers développements de l’art de penser, Paris, 1780.
[16] Elle s’étend entre les pages 27 et 35 de ce second volume.
[17] Planches IX et XII pour la représentation des alvéoles, VII et VIII pour leur fabrication en cartes à jouer.
[18] Voir Michel Delon, art. cit., p. 69-72.
[19] La mission prend même des allures politiques lorsqu’Eugène déclare : « La reconnoissance veut que vous leur disiez encore que nous étions alors dans une paix profonde ; que nos Entretiens se passoient sur les bords du Rhin, sur les bords de ce Fleuve si souvent témoin de nos combats, & des retraites précipitées de nos ennemis, dont l’onde comme nos jours couloient ensemble & paisiblement sous la protection d’un Prince aimable, digne héritier du Héros de son nom, qui après avoir laissé sur les Alpes des traces immortelles de sa valeur, nous faisoit joüir ici des douceurs du repos, en formant devant nous une barriere insurmontable aux fureurs de Bellone, pendant que de toutes parts Mars grondoit sur la tête de nos ennemis, pendant que Loüis tonnoit sur les Rives de l’Escaut, & chassoit la Discorde bien au-delà des limites de notre Empire. » (Abr., II, p. 178-179)
[20] Les Abdéritains étaient les concitoyens de Démocrite, qui auraient soumis le sage à Hippocrate, le soupçonnant de folie.
[21] Michel Delon, art. cit., p. 74-76.
[22] Voir à ce propos J.-B. Adams, op. cit., p. 1-4.
[23] On remarque dans les lettres une propension toujours plus forte de Bazin à copier purement et simplement les auteurs qu’il cite, abandonnant le travail de traduction qui caractérise l’Histoire des abeilles comme les deux premiers tomes de l’Abrégé.
[24] Voir D. J. Adams, op. cit. , p. 5-6.

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