* Numéro 3 : Des fins de la prudence dans la France des XVIIe et XVIe siècles
Giovanni Botero : de la prudence politique à la raison d’État, Dave Anctil (Université de Montréal)
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III-

De prime abord, la conception de la prudence princière semble assez conventionnelle si on en reste aux définitions fournies par Botero. La prudence permet en effet de surmonter la contradiction potentielle qui apparaît nécessairement entre la raison contemplative et la raison pratique, en montrant la meilleure voie pour le gouvernement selon le contexte politique et les principes pertinents qui doivent s’appliquer 1. Mais, comme nous l’avons vu, les règles traditionnelles de prudence n’apparaissent pas suffisantes en elles-mêmes pour répondre à l’impératif de conservation de l’État. Cette prudence ne devient donc qu’une partie, et une partie de plus en plus limitée, de la rationalité globale du gouvernement. Du concept de la raison d’État découle en effet l’importance accordée chez Botero à un autre concept voisin : celui de l’expérience, qui est mère de prudence, selon son expression. La connaissance essentielle pour maintenir l’État doit être corrigée par l’expérience qui, de la sorte, engendre une prudence plus éclairée rendant à son tour possible une meilleure connaissance, et ainsi de suite selon un schéma circulaire. L’histoire prend une importance capitale en ce qu’elle constitue un bassin inépuisable d’expériences qui peuvent servir efficacement à l’action gouvernementale 2. On retrouve là, légèrement transformées, les considérations classiques des traités princiers d’éducation et des nombreux chroniqueurs de l’Âge classique.

Toutefois, Botero s’évertue aussi à montrer que, pour la direction des États de son temps, le contenu de la prudence doit être considérablement augmenté par la « connaissance de toutes choses qui regardent les affections et les mœurs […] ou les manières de gouvernement 3 ». Ces connaissances, précise-t-il, sont non seulement « utiles », mais « nécessaires » au bon gouvernement . Ce dernier doit en outre détenir les moyens et l’intelligence pour mener efficacement la guerre, et organiser suprêmement les savoirs pratiques et théoriques pour assurer globalement le succès des entreprises de l’État – qui devient véritablement, en fait, « État-entrepreneur ». Si le gouvernement ne doit pas lui-même maîtriser l’ensemble des « arts et sciences » nécessaires à la conduite globale de l’État, il lui faut les connaître « comme Prince : c’est-à-dire qu’il en ait tant de connaissance qu’il sache discerner le vrai du faux et le bon du mauvais [dans les conseils] [et…] se servir, avec jugement, de ceux qui font profession de toutes ces choses 4. » La prudence princière consiste donc à savoir bien s’entourer sans pourtant devenir l’esclave de ses conseillers, mais aussi et surtout d’être capable de trancher, le moment venu, en faveur de la meilleure décision qui profitera le mieux à son État.

La conception encore trop centrée sur la figure du Prince et de ses conseillers va donc être considérablement élargie par Botero. La fin du gouvernement étant la conservation et la prospérité de l’État qui la réalise, le concept de prudence politique doit désormais inclure tout ce qui entretient un lien avec cette finalité : si la compétence des magistrats et la sagesse pratique du Prince y apparaissent toujours importantes, la connaissance des passions des sujets, les données empiriques de statistique, de démographie, de géographie et l’organisation matérielle des forces militaires le sont encore plus. Certes, l’auteur piémontais accorde aux vertus traditionnelles du Prince une place significative dans le gouvernement. Mais cette conformité à la tradition est encore une fois toute relative, puisqu’il opère un déplacement important de ces vertus : elles ne servent plus des qualités intrinsèques et actualisées que devrait posséder un prince dans l’exercice de sa fonction exceptionnelle; elles servent au contraire et avant tout comme instruments de sa réputation 5. Si une apparence de justice et de libéralité font en sorte que le peuple aime davantage le prince, la prudence et la valeur lui donnent de fait une bonne réputation en favorisant l’obéissance des sujets, et ce, plus efficacement que la possession réelle de quelque vertu qui ne serait pas reconnue comme telle par tous.

À l’appui de la thèse de Viroli, présentée à la section I de cet article, Botero essaie effectivement de justifier l’emploi de « moyens immoraux » en en faisant une composante ordinaire de la rationalité politique du gouvernement. Il encouragera par exemple l’emploi du secret d’État et l’art de la dissimulation : « La dissimulation s’appelle un semblant de ne savoir, ou de ne se soucier de ce que l’on sait et l’on estime, comme la simulation est feindre et faire une chose pour l’autre 6. » Ce sont donc des « qualités de la prudence » parce qu’elles rendent le prince moins prévisible dans ses interactions, ce qui lui assure un plus grand contrôle de ses sujets – notamment les « grands », c’est-à-dire les hommes les plus puissants et les plus ambitieux au sein de sa principauté dont on sait depuis Machiavel qu’il faut se méfier 7. La prudence politique classique est ainsi et avant tout remplacée, au sein de la structure logique de la raison d’État, par une nouvelle théorie de l’intérêt. Selon Botero, on peut en effet « conclure que la raison d’État n’est presque qu’une raison d’intérêt 8. » Il précisera son idée dans son chapitre de la Ragion di Stato concernant les « maximes capitales de prudence » : selon Botero, il « faut tenir pour chose certaine que dans les délibérations des princes l’intérêt est ce qui vainc n’importe quel parti […] 9. »

La raison d’État apparaît donc comme l’ensemble des moyens matériels et spirituels pour réaliser la conservation de l’État par l’obéissance des sujets, par l’industrie et l’ordre social, et, plus généralement, par une préservation contre tout changement profond, qu’il soit de provenance interne ou externe. À la fois ensemble de règles et de techniques et développement d’un savoir sur le monde, la prudence devient, dans sa dissolution à travers la doctrine de la raison d’État, une simple condition de la puissance effective de la domination du gouvernement princier. Elle doit comprendre, en plus d’une dimension militaire centrale (exposée aux livres IX et X), une dimension économique et démographique (présentée aux livres VII et VIII). Ce qui change, dès lors, c’est la conception même de l’État, qui devient véritablement et surtout un ensemble plus matériel que spirituel à comprendre et à réguler adéquatement. La prudence, dans son sens classique, est déclassée par un savoir empirique sur le gouvernement des choses, puisque même le peuple prend chez Botero une « forme calculable » à l’intérieur d’une classification traditionnelle que l’on retrouve chez Aristote et Machiavel, c’est-à-dire selon la division économique des classes : les pauvres, les riches et la classe médiane 10. Selon l’expression de Charles Zarka,

l’État comme matière n’est donc nullement une multitude d’individus dotée d’une unité juridique et d’une volonté politique [comme chez Bodin], mais un être comportant une structure économique, sociale, politique et militaire. L’art de gouverner doit s’exercer sur cette matière en vue de parvenir à ces finalités que sont le maintien de la paix civile, la sécurité et le bonheur des sujets 11.

Les rôles respectifs de la puissance et de l’intérêt deviennent en effet centraux pour définir la raison d’État davantage en termes de consolidation d’une domination interne que d’une expansion ou d’une puissance externe de l’État. Comme l’indique clairement Botero au début de son livre, « [l]’État est une ferme domination sur les peuples, et la raison d’État est la connaissance des moyens propres à fonder, conserver et agrandir une telle domination 12. » Dans l’ordre matériel de l’État, qui doit intéresser en premier le gouvernement, cette domination se réalise surtout par la connaissance et le contrôle des composantes empiriques du territoire et de la population. Le prince devient en quelque sorte l’artisan œuvrant sur la matière brute qu’est le peuple. Puis, les finalités de la politique extérieure sont subordonnées à celles de la religion, mais selon une acception nouvelle : l’État ne s’intéresse pas fondamentalement à l’acquisition des vertus chrétiennes de ses sujets, mais bien à les maintenir par tous les moyens dans la bonne religion. Car l’unité de la religion offre également une condition indispensable de l’obéissance des sujets en éloignant la possibilité des discordes civiles 13. Ce point est important et oppose fondamentalement Botero à Machiavel, puisque ce dernier avait plaidé, dans ses Discours, en faveur des « tumultes » résultant des conflits sociaux pour dynamiser la vie politique de la société, c’est-à-dire comme un moyen légitime de réaliser et de renouveler la liberté des citoyens ainsi que la force de la république 14. Botero défend donc une idée de l’ordre politique radicalement inverse à la conception machiavélienne de la république bien ordonnée, et cela est particulièrement mis en évidence par sa défense de la religion catholique. Pour Machiavel, en prêchant l’obéissance inconditionnelle et la transcendance, le christianisme avait affaibli les peuples européens et les avait laissé impuissants face aux tyrans et aux barbares. Pour Botero, c’est cette obéissance qui donne toute sa valeur au christianisme : la religion catholique est supérieure à toutes les autres sur le plan gouvernemental, parce qu’elle soumettrait les « corps et les biens des sujets » et, surtout, « les volontés et les consciences [puisqu’] elle lie non seulement les mains, mais aussi les affections et les pensées » en prescrivant une obéissance inconditionnelle ou encore l’obéissance pour elle-même. Ainsi, selon Botero, les sujets catholiques « endurent les roues, le fer, le feu, la cruauté et la rage, et les tyrans et les bourreaux, pour la paix publique 15. » L’éloge du catholicisme vise bien sûr le protestantisme séditieux, mais il révèle également le rejet intégral des idéaux de la liberté politique formulés dans l’Italie renaissante, idéaux qui avaient poursuivi politiquement le mouvement humaniste de revalorisation de la dignité humaine.

Le concept de raison d’État qu’a formulé Botero à la fin du siècle est donc opposé autant à la théorie de la souveraineté bodinienne qu’à la conception stratégiquement orientée, dynamique et républicaine de la politique de Nicolas Machiavel. Elle représente, selon l’expression de Michel Senellart, un « savoir technique que met en œuvre le prince, ouvrier de son propre État, pour augmenter sa puissance à travers la prospérité commune 16. » Contre Machiavel et ses disciples – mais aussi contre la tradition romaine classique de Cicéron à Augustin, en passant par Végèce et l’humanisme civique – Botero est certainement un des premiers à considérer que, en ce qui concerne la puissance et l’indépendance de l’État, l’industrie est plus décisive finalement que la qualité des armes. Comme l’a bien vu Michel Senellart 17 , Botero offre un véritable dépassement à la fois de Machiavel et de l’antimachiavélisme de son époque, notamment par la place qu’il accorde à l’économie dans sa conception de l’État : l’industrie possèderait en effet à elle seule les moyens formidables de la tranquillité civile intérieure et de la puissance extérieure 18. L’industrie devient en fait une condition nécessaire des armes, puisque l’État industrieux a davantage que les autres les moyens de protéger ses frontières, d’engager des troupes pour préparer des campagnes et les équiper, ou même acheter les ennemis de l’État si la chose est possible – à condition cependant que les ennemis soient de même religion… Par rapport à Machiavel, il s’agit là d’un double renversement, puisque le secrétaire florentin voyait dans les tumultes civils une preuve de la liberté, et dans la qualité des armes une nécessité pour la conservation de l’État. C’est pourquoi, selon l’heureuse expression de Senellart, Botero, dans l’histoire des idées politiques, « innove, paradoxalement, grâce à son conservatisme […] 19. »

Ainsi, si nous retrouvons la thèse de Viroli, Botero semble bel et bien être un des principaux responsables de la disparition des concepts fondamentaux de la philosophie civile humaniste et du républicanisme florentin. Car l’auteur critiquerait d’un point de vue éthico-religieux les principes scandaleux de Machiavel et de Tacite (moyens de la force, attitude stratégique, etc.), tout en les redéployant à travers une conception purement instrumentale du gouvernement de l’État – dont les fins dépassent cependant l’État, puisqu’elles sont fixées par la « vraie » religion, et donc avant tout par l’enjeu des ambitions catholiques. Viroli, qui a pourtant très peu étudié Botero – il lui accorde au total moins de vingt pages dans ses travaux tout en lui assignant une importance décisive pour sa thèse sur la transformation moderne du langage politique –, montre avec raison que la doctrine de l’intérêt est radicale chez Botero : l’intérêt devient le seul véritable moteur de la politique, et la connaissance de l’intérêt des individus puissants, des catégories socio-économiques, puis des États amis et rivaux, constitue le noyau dur de la nouvelle prudence permettant de diriger les affaires de l’État 20.

Botero offrirait donc, en plus de sa doctrine instrumentale de la politique, une justification en rupture complète avec les modèles légitimistes de l’humanisme civil ou chrétien : l’État, à travers sa stabilisation et son expansion, devient en effet sa propre fin. Si le prince est soumis à l’autorité spirituelle de l’Église et si cette subordination oriente ses politiques vis-à-vis de l’extérieur, son existence comme structure effective de domination est néanmoins devenue une évidence, et la nature de la constitution de son État, qu’elle soit monarchique ou républicaine, n’apparaît même plus constituer un problème pertinent pour la raison politique. Ni la liberté, ni la justice, ni le bien commun ne dictent plus la conduite du gouvernement si ce n’est à travers le prisme déformant de la raison d’État et sa doctrine de l’intérêt, dont toute la visée se résume finalement à « tenir les sujets en paix » 21. Ce qui veut aussi dire, pour les ligueurs, les tenir dans la religion catholique…

Romain Descendre a proposé depuis quelques années une analyse mieux instruite que celle de Viroli de la place du concept de « puissance de l’État » dans la pensée de Botero, analyse qui fait aussi mieux voir la nature et l’originalité de sa pensée 22. Il montre en outre pourquoi et comment ce concept est construit explicitement pour rivaliser avec la théorie juridico-politique de la souveraineté bodinienne. Botero pense en effet que la conception bodinienne est dénuée d’efficacité parce qu’elle se fonde sur une fiction juridique intérieure, et non sur la réalité des rapports de force interétatiques (c’est-à-dire sur une théorie de la souveraineté interne dénuée d’effectivité sur le plan externe). Or, la puissance de l’État, donc sa stabilité et sa conservation, dépend bien plus de son indépendance : c’est-à-dire des moyens dont il dispose face aux autres entités politiques dans le système international préwestphalien. Sur ce plan, la parenté philosophique avec Machiavel demeure peut-être plus substantielle que ne l’admet Viroli. Mais l’approche de Botero témoigne d’un changement historique significatif dans le traitement de la guerre et sa conduite politique, en donnant définitivement raison au pragmatisme d’un Guichardin contre les principes républicains d’un Machiavel ou d’un Leonardo Bruni 23. C’est, dirions-nous aujourd’hui, la réponse typique d’un réaliste en théorie des relations internationales : l’unité d’analyse rationnelle pertinente pour l’État – du moins dans la place qu’il occupe dans un système de relations compétitives avec d’autres États – concerne avant tout ses capacités par rapport à celles des autres unités politiques, calcul qui n’a que peu d’égards pour la nature ou la finalité des constitutions.

L’originalité première de Botero tient donc justement dans cette démonstration voulant que les questions économiques, géographiques et démographiques soient beaucoup plus centrales pour la conservation de l’État que la qualité des armes machiavélienne et la souveraineté normative bodinienne qui assure la transcendance juridique de l’État. Par le biais de sa tentative d’analyse systématique de l’État dans son environnement international, Botero met ainsi en relief le calcul comparatif structurant des moyens économiques et militaires dont disposent des unités politiques antagoniques, mais poussées au fond par les mêmes intérêts. Cela explique peut-être la grande postérité du discours de la raison d’État, comme le remarquait, avec une pointe de morosité, Richard Tuck :


La description de la politique moderne que l’on retrouve chez les écrivains de la ragion di stato, puis chez Grotius et Hobbes, qui met en évidence des armées de métier payées à même les taxes d’un État déterminé à se défendre et potentiellement à s’étendre, avec des citoyens incertains des principes moraux qui devraient diriger le vivre-ensemble, tout cela ressemble finalement à une description d’un monde qui nous est bien familier 24.


  1. ^ Ce conventionnalisme est en outre très marqué au l. II.
  2. ^ Botero, Raison d’État, op. cit., l. II, ch. 3.
  3. ^ Ibid., l. II, ch. 2.
  4. ^ Idem.
  5. ^ Ibid., l. I, ch. 8, 9 et 11 et l. II, ch. 1 et 11.
  6. ^ Ibid. , l. II, ch. 7.
  7. ^ Ibid. , l. IV.
  8. ^ Cité par Enzo Baldini, dans « Botero et Lucinge : les racines de la "Raison d’État" », dans Ch. Zarka (dir.), Raison et déraison d’État, op. cit., p. 90.
  9. ^ Botero, Raison d’État, op. cit., l. IV.
  10. ^ Idem.
  11. ^ Ch. Zarka, « Raison d’État et figure du Prince chez Botero », dans Ch. Zarka (dir.), Raison et déraison d’État, op. cit., p. 103.
  12. ^ Il ajoute un peu plus loin que « le moyen de fonder et d’agrandir est tout un et une même chose : car les commencements et les milieux sont de même nature. » (Botero, Raison d’État, op. cit., l. I, ch. 1.)
  13. ^ Ibid., l. II, ch. 15-16.
  14. ^ Sur ce point crucial, voir l’article de Christian Nadeau, « Machiavel, domination et liberté politique », Philosophiques, vol. XXX, no 2 (automne 2003).
  15. ^ Botero, Raison d’État, op. cit. , l. II, ch. 16.
  16. ^ Michel Senellart, « La raison d’État antimachiavélienne », dans Christian Lazzeri et Dominique Reynié (dir.), La raison d’État : politique et rationalité, Paris, Presses universitaires de France, 1992, p. 39.
  17. ^ Ibid., p. 32.
  18. ^ Botero, Raison d’État, op. cit., l. II, ch. 17, l. III, ch 1-2 et l. IV, ch. 2.
  19. ^ M. Senellart, « La raison d’État antimachiavélienne », art. cit., p. 33.
  20. ^ Sur ce point, cependant, notons que Botero ne fait que prolonger les nombreux développements sur l’intérêt politique qui ont été faits avant lui par Guichardin, notamment, mais aussi par Lottini dans ses Avvedimenti civilii de 1574. Voir à ce sujet l’étude magistrale de Christian Lazzeri dans son introduction à De l’intérêt des princes et des États de la chrétienté de Henry de Rohan, Paris, Presses universitaires de France, 1995, p. 67-87.
  21. ^ Botero, Raison d’État, op. cit., l. III, ch. 3.
  22. ^ Voir Romain Descendre, « Giovanni Botero et la langue machiavélienne de la politique et de la guerre », dans Alessandro Fontana et al. (dir.), Langues et écritures de la République et de la guerre. Études sur Machiavel, Gênes, Name, 2004, p. 419-445; « Puissance et économie chez Giovanni Botero », dans Revue de Métaphysique et de morale, no 3, 2003, p. 311-321; « Géopolitique et théologie. Suprématie pontificale et équilibre des puissances chez Botero », dans Il Pensiero politico, année XXXIII, n°1, 2000, p. 3-37.
  23. ^ Non sans raison, Frédérique Verrier (Les armes de Minerve : l’Humanisme militaire dans l’Italie du XVIe siècle, Paris, Presses universitaires de Paris-Sorbonne, 1997, p. 33) a également recadré les enjeux des débats de l’époque concernant la guerre sur le plan historiographique, ce qui nous permet de mieux mesurer la nouvelle vision géostratégique considérablement élargie de Botero : « La conception de l’histoire d’un Guichardin comme exclusivement militaire apparaît aujourd’hui restrictive mais commode en l’occurrence : les années sans guerre paraissent dépourvues d’intérêt historique, tandis que le soldat est l’acteur historique par excellence. Une conception qui amènera les historiens d’après 1530 à se détourner de la péninsule "pacifiée", où les faits historiques se raréfient avec les guerres pour s’intéresser à des peuples plus belliqueux et à des contrées plus lointaines. La césure entre le premier tiers du siècle et les deux derniers provoque sur le plan historiographique un changement d’échelle assez frappant : de l’Histoire d’Italie de Guichardin aux Relations universelles de Botero; des acteurs des guerres d’Italie (les soldatesques françaises, allemandes, espagnoles) aux Turcs, Portugais, Indiens et Flamands de la Conquista et des guerres de religions. »
  24. ^ R. Tuck, Philosophy and Government, op. cit., p. 348.
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