* Numéro 3 : Des fins de la prudence dans la France des XVIIe et XVIe siècles
Giovanni Botero : de la prudence politique à la raison d’État, Dave Anctil (Université de Montréal)
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Conclusion
Comme l’a montré Descendre, la guerre constitue l’horizon à l’intérieur duquel évolue la pensée de la conservation politique propre à Botero, et la réalité de la guerre, comme chez Machiavel, en détermine la logique structurante. Si Machiavel donne à sa politique un aspect dynamique, tourné vers l’offensive et l’initiative – et donc approprié au contexte des guerres d’Italie –, Botero choisit de donner à la sienne l’orientation plus statique des moyens propres de la conservation de l’État, position mieux appropriée à l’ambition de l’impérialisme catholique en Europe. En effet, la réalité historique de Machiavel est la fragmentation incessante de l’Italie par les guerres intestines causées par les incursions extérieures des « barbares » non italiens; celle de Botero, c’est la fragmentation interne et externe des États causée par les guerres de religion. Cette dimension, qui concerne la primauté de l’enjeu de la guerre et de la religion dans le processus de rationalisation du politique, n’a pas été reconnue par Viroli dans sa tentative exagérée d’éloigner de Botero les principes de Machiavel. Elle est pourtant centrale, puisque Botero puise abondamment dans le corpus machiavélien (mais aussi humaniste) pour offrir une réponse solide, non pas à Machiavel ni à la philosophie civile humaniste, mais bien à Bodin et à sa conception si influente de la souveraineté. Pour Botero comme pour beaucoup de ses contemporains, l’idéal du vivere libero n’est même plus digne d’être réfuté tant il apparaît n’avoir plus aucun sens dans l’Europe d’Ancien Régime, divisée par les sectes et ravagée par la guerre interne et externe. Il faudra attendre le XVIIe siècle anglais et hollandais pour voir renaître ce langage de la liberté politique, notamment chez les auteurs du Commonwealth.

L’enjeu est donc véritablement déterminé chez Botero par la nature religieuse de la guerre et sa transformation pratique, qui demande toujours plus de ressources humaines et matérielles, besoins que seul un État gargantuesque serait à même de satisfaire. L’insuffisance des concepts politiques de l’humanisme, des traités sur la prudence politique et de ceux des civilistes (déjà critiqués par Machiavel) avait révélé la nécessité d’une nouvelle forme de rationalité propre à l’État, dans les termes de la puissance, de l’intérêt et des moyens de l’équilibre des forces dans un système géostratégique. Ces développements conceptuels ouvriront la voie à une recherche interminable pour un « équilibre des puissances » européennes. Ainsi, si l’on considère Botero comme un précurseur de la science des relations internationales, il faudrait aussi logiquement le critiquer comme tel. Or, ne savons-nous pas aujourd’hui – au moins depuis 1914 – que ce système n’a jamais pu créer les conditions d’une paix durable.

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