* Numéro 3 : Des fins de la prudence dans la France des XVIIe et XVIe siècles
Les leçons morales de Pallas et de Minerve : la vertu de prudence chez Jean Lemaire de Belges, Mireille Beausoleil (Université de Montréal)
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La prudence se présente sous diverses formes dans l’œuvre de Lemaire de Belges : sentences morales de Pallas (destinées à l’homme prudent), métaphores, personnifications – comme Dame prudence – et allégorie. Selon Hervé Campangne, « […] la mythologie classique [dans l’œuvre de Lemaire] ne fait pas simplement fonction de poétrie, de répertoire de légendes païennes, mais suscite aussi une multiplicité d’interprétations, d’emplois et de métamorphoses 1. » Ces diverses manifestations morales s’inscrivent tant dans le discours épidictique que dans le récit des origines (Illustrations de Gaule et Singularités de Troie). Elles promeuvent une vision politique de la vertu cardinale. Si la prudence est considérée ici comme une forme d’intelligence, présidant à la gestion publique, qu’en est-il du gouvernement de soi? Nous tenterons d’esquisser quelques réponses. Nous privilégierons l’exploration sémantique de la prudence dans l’œuvre de Lemaire de Belges 2. Nous tâcherons, par là même, de vérifier si ces diverses variations – qui font de la vertu cardinale un concept complexe et mouvant – relèvent d’une intellectualisation systématique de la prudence 3.

Pour ce faire, nous examinerons, tout d’abord, la figure de Dame prudence, esquissée dans le Temple d’honneur et de vertus. Il convient également de réfléchir à la portée didactique du discours palladien dans les Illustrations de Gaule – qui contient des sentences morales à l’usage de l’homme prudent – puis à la géométrie morale, réalisée par Minerve, dans la Concorde des deux langages. Pallas représente la raison et la sagesse au service du politique, par opposition à Mars. Minerve, quant à elle, incarne un idéal de concorde, calqué sur la ratio recta. Lemaire propose donc des leçons de prudence autant dans les discours palladiens que dans l’aménagement même de l’allégorie. Enfin, les attributs guerriers, intellectuels et domestiques de Pallas et de Minerve pourront également nous renseigner sur le caractère moral et sur l’esthétique de ces allégories.


  1. ^ Hervé Campangne, Mythologie et rhétorique aux XVe et XVIe siècles en France, Paris, Honoré Champion, 1996, p. 166.
  2. ^ Cette étude fera appel au corpus suivant : Jean Lemaire de Belges, Concorde des deux langages, Œuvres, éd. par J. Stecher, Genève, Slatkine Reprints, 1969, t. 3; Concorde du gendre humain, Bruxelles, Thomas de la Noot, 1508; Illustrations de Gaule et Singularités de Troie, Œuvres, op. cit., t. 1; Temple d’honneur et de vertus, éd. par Henri Dornik, Genève, Droz,1957; Couronne margaritique, Œuvres, op. cit., t. 2.
  3. ^ Dans son œuvre, Lemaire rend intelligible le concept de prudence au moyen de l’allégorie. La récurrence de ce procédé suppose une intellectualisation systématique.
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