Pallas : « fortitude » et prudence
Hésiode consacre un passage bien connu à la naissance de Pallas dans sa Théogonie (troisième partie). La légende voudrait qu’elle soit la fille de Prudence (Zeus la cacha dans ses flancs). Elle serait sortie du crâne de son père, adulte et armée. Ronsard fait d’ailleurs l’éloge du « chef » comme le lieu du « jugement parfait » : « D’où Pallas reprendrait sa seconde naissance; / Chef, le logis d’honneur, de vertu, de prudence / Ennemi capital du vice contrefait 1. » Dans les Illustrations de Gaule, Pallas utilise le motif de sa naissance pour persuader Pâris et redorer ainsi, son ethos :
Protectrice de la vie civilisée, déesse de l’artisanat et de l’agriculture, Pallas est aussi la protectrice des arts et de la littérature. Symbole d’intelligence, elle incarne un type de prudence qui se situerait entre le savoir et l’expérience 3. Au-delà de ces vertus intellectuelles, la déesse allie autant les qualités féminines (tâches domestiques) que masculines (guerre et savoir). Pallas serait-elle une androgyne 4, union parfaite du genre humain? Elle incarne, du moins, « la guerre intelligente, soucieuse d’économie et instrument de la paix 5 » par opposition à Mars-Arès qui représente la « guerre en soi, totale, stupide et sanglante 6 ». Les deux formes guerrières sont néanmoins complémentaires. Dans le Purgatoire, Dante écrit : « Et je voyais, à l’entour de leur père, Thymbrée, Pallas et Mars encore en armes, scrutant les membres épars des géants 7. » Cette image guerrière de la déesse est fréquemment exhibée chez Lemaire et étayée par son attirail militaire : un casque, une égide (où est fixée la tête de la Gorgone), un harnois, un écu cristallin et une lance. Le grand rhétoriqueur utilise aussi ces attributs à des fins esthétiques de représentation (c’est le procédé rhétorique de l’analogie). Par exemple, dans la Concorde du genre humain deux dames apparaissent, en songe, à l’Acteur. L’une est la Vierge 8 – représentée par un ange – , l’autre « ains aussi belle encore / portoit harnois qui si bien la decore / Quon leust jugee droicte Pallas / De port Royal et Magnificque gorre 9 » est Marguerite d’Autriche 10Cette analogie est déjà présente dans le Temple d’honneur et de vertus, où Aurore et ses compagnons associent la statue de Prudence à Pallas. Par ailleurs, il n’est pas rare à la Renaissance de voir une figure royale – comme Marguerite de Navarre et Marguerite d’Autriche – associée à Pallas. .
C’est d’ailleurs à une Pallas – encore Anne de Beaujeu – qu’est dédié le premier livre des Illustrations de Gaule et Singularités de Troie. Dans son prologue, Lemaire s’adresse ainsi à sa dédicataire :
Le grand rhétoriqueur met en scène, à quelques reprises dans son œuvre, cette trinité prudentielle : Pallas, Minerve et Bellone. Tantôt Lemaire fait d’elles des entités indépendantes tantôt il les assimile: « Mynerve, laquelle se nomme Pallas, ou Bellona, deesse de science, d’estude, de vertu, de paix, qui est aussi quise par armes, maistresse de tout artiffice et ouvraige […] 12. » L’analogie met en valeur deux types de qualités : intellectuelles et guerrières. Cette dualité est récurrente dans l’allégorie palladienne. En effet, la « prudence » (intellect) et la « fortitude » (action guerrière) sont des vertus que Lemaire juge consubstantielles au Prince.