Conclusion
L’œuvre des Grands Rhétoriqueurs est non seulement marquée par l’exploration des virtualités du langage poétique mais encore par une esthétique morale. Lemaire de Belges s’inscrit dans une littérature didactique où l’allégorie et la mythologie se mettent au service d’une idée morale. Ce n’est pourtant pas l’avis de Henri Guy qui voit en cette utilisation un pur dessein ornemental :
L’œuvre de circonstance de Lemaire laisse croire à une utilisation ornementale de la prudence puisqu’elle est souvent mise au service de l’éloge. C’est ainsi que dans le Temple d’honneur et de vertus, le poète de cour célèbre Anne de Beaujeu en l’exhortant de se laisser guider par la prudence dont elle a su faire preuve auparavant. Dans la Concorde du gendre humain, Lemaire a même représenté Marguerite d’Autriche sous les traits de Pallas. Or, les allégories du poète ne sont pas que de simples ornements. Elles lui ont permis de complexifier la notion de prudence en la présentant sous divers aspects, tant politiques qu’individuels. Le poète a, par ailleurs, une vision parfois syncrétique de la prudence, par laquelle il fait coexister pragmatisme et contemplation. Nous avons vu, également que la prudence chez le grand rhétoriqueur va de pair avec la force. Pallas incarne cette union entre action et intellect. Malgré tout, dans les Illustrations de Gaule, Junon lance cette pique à Pallas :
Junon renforce le caractère négatif de l’oisiveté en l’opposant à l’action efficace incarnée par Mars. Elle se moque ici de l’hésitation de Pallas à passer à l’action (par opposition à l’emportement intempestif de son frère). Pourtant, n’est-ce pas là un acte de prudence?